Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


Archives de la recherche

Séminaires

4. Théories et données linguistiques
Animé par Anaïd Donabédian et Alexandru Mardale (INALCO, SeDyL)

L'objectif du séminaire est de sensibiliser les étudiants aux recherches linguistiques articulant à la fois les théories linguistiques (quelles qu'elles soient) et l'attention aux données et à la diversité des langues, à travers des interventions de chercheurs de SedyL ou de l'Inalco, ou de chercheurs invités, ainsi que de présentations des travaux des mastérants ou doctorants.

Le séminaire aura lieu de 14h30 à 17h30 aux dates suivantes : 15 oct. 2021, 12 nov., 10 déc, 11 fév, 11 mars, 08 avril, 13 mai 2022

Séminaire programmé pour le moment en présentiel : PLC, en salle 4.04


Vendredi 10 décembre 2021
Stavros Skopeteas, University of Göttingen.
Complementarity of prosody and syntax: focus and cleft clauses in French, English, German, Chinese

La conférence aura lieu via zoom
Focus constructions may appear in different arrays of contexts depending on language: while cleft constructions are associated with contrastive focus in English, they appear in a larger array of contexts in French. A part of the cross-linguistic variation is accounted for through independent differences in prosody that influence the array of focus structures that can be mapped onto the same syntactic configuration. In the present study, we compare four languages that represent different prosodic types: - languages with flexible pitch accent placement (English, German), - a language that relies on prosodic phrasing (French) and - a language with lexical tones (Mandarin Chinese). In a speech production experiment, we examine the prosodic realization of corrective focus on canonical sentences and cleft constructions and identify prosodic reflexes of focus in all languages. In a second experiment, we elicit judgments of contextual felicity of canonical and cleft constructions in contexts with different domains of corrective focus. The outcome of this experiment reveals a typological distinction between languages with flexible pitch accent placement (English, German) and languages with other types of reflexes of focus (French, Chinese). The former languages (but not the latter) use canonical constructions without contextual restrictions; the use of cleft constructions with a focus in the cleft clause (in corrective contexts) has an advantage in the former languages compared to the latter. These findings indicate that the prosodic reflexes of focus in various languages have different semantic-pragmatic import and accordingly a different impact on the array of focus structures of the same constructions in each language.

Vendredi 12 novembre 2021
Elena Vladimirska (Université de Lettonie)
Les marqueurs de catégorisation et d’approximation dans une perspective de la théorie énonciative de l’intonation et de son développement

Les marqueurs une sorte de, un genre de et une espèce de, sont largement étudiés dans une perspective cognitive et pragmatique. Cependant, leur sémantique spécifique reste le plus souvent en dehors du champ d’étude linguistique. En effet, dans l’approche cognitiviste, ce ne sont pas les marqueurs qui déterminent une lecture approximative ou taxinomique, mais les propriétés du nom qui constitue leur portée (Gerhard–Krait & Vassiliadou 2014) En pragmatique, les marqueurs d’approximation sont considérés en opposition aux noms taxinomiques dont ils sont issus mais dont ils ont perdu la sémantique par un processus de grammaticalisation (Flaux & Van de Velde 2000 ; Rosier 2002 ; Mihatsch 2007, 2016). Notre contribution s’inscrit dans la mouvance des travaux d’A. Culioli (1999) en référence étroite avec les travaux de D. Paillard sur les marqueurs discursifs (2011, 2017). Nous partageons le point de vue selon lequel la notion de désémantisation pose la question du seuil de renoncement au maintien d’une pleine identité de l’unité (Franckel 2019), et proposons d’envisager les marqueurs une sorte de, une espèce de, un genre de dans une perspective sémantique et énonciative, à partir de l’analyse d’un corpus audio-visuel. Nous soutenons que la réalisation prosodique et mimique-gestuelle de ces marqueurs révèle leur sémantique de base, ainsi que les enjeux énonciatifs qu’ils construisent, en permettant ainsi d’explorer les contraintes sémantiques empêchant leur commutation dans certains contextes. En nous appuyant sur la méthodologie de l’analyse prosodique et mimique-gestuelle proposée par M-A. Morel et L. Danon-Boileau (Morel & Danon-Boileau1998, Morel 2010, Morel & Vladimirska 2014), incluant les paramètres telle que la fréquence, l’intensité, la durée, la direction du regard, ainsi que le mouvement des mains, nous repérons des configurations d’indices spécifiques à chacun des trois marqueurs. Relevant soit de la problématique de formulation (une sorte de), soit de l’intersubjectivité mise en jeu (une espèce de), soit du formatage/catégorisation (l'effacement des différenciations) (un genre de) ces indices s’articulent avec la sémantique des marqueurs ainsi qu’avec leur combinatoire.

Benjamin Fagard & Alexandru Mardale (CNRS Lattice), (INALCO, SeDyL)
Les verbes de mouvement en roumain : lexique latin, influence balkanique et renouvellement

Les verbes de mouvement ont été largement étudiés dans un bon nombre de langues, y compris romanes. Parmi celles-ci, cependant, le roumain a été en partie laissé de côté. On trouve quelques études, notamment sur le paradigme des verbes de mouvement (Reinheimer 1965, Mierlă 2003abc) et leur grammaticalisation (Dragomirescu & Nicolae 2020), ainsi que quelques-unes sur l’expression du mouvement dans une perspective comparative ou typologique (Geană 2007, Dragomirescu & Geană 2011, Dragomirescu 2013). Afin de voir dans quelle mesure le roumain se conforme aux attentes pour les langues romanes (généralement à cadre verbal, cf. Talmy 1991), nous avons comparé des données élicitées en roumain, italien et français (11, 10 et 17 locuteurs, avec les vidéos Trajectoire, Ishibashi et al. 2006). L’analyse des résultats a montré, entre autres, que la proportion des verbes de mouvement d’origine non latine est élevée en roumain, surtout pour les verbes exprimant la manière, dont une proportion non négligeable est d’origine slave. Notre corpus élicité comprend ainsi des occurrences de verbes comme a (se) grăbi « se dépêcher » (vieux slave, cf. bulgare grabja(se)) ou a ocoli « contourner » (vieux slave, cf. russe, bulgare okol). S’il est évident que ces emprunts résultent d’une influence étrangère, notamment slavonne, à l’époque ancienne de la langue (16e-18e s., cf. Densusianu 1997[1901], Rosetti 1986), une question à laquelle notre corpus élicité n’a pas permis de répondre est de savoir dans quels contextes syntaxiques ces emprunts ont eu lieu. On peut en effet formuler plusieurs hypothèses concernant la différence du taux d’emprunt pour les verbes de trajectoire d’une part, et de manière d’autre part. Une explication serait que les langues slaves sont dans l’ensemble des langues à satellite, avec un paradigme important de verbes de manière, et un recours typiquement plus fréquent à ces verbes (Hasko & Perelmutter (eds) 2010). Une autre explication est liée aux tendances généralement constatées pour les emprunts : dans les langues à cadre verbal, les verbes de manière sont typiquement utilisés seuls, le fond (élément spatial saillant du déplacement) n’étant soit pas exprimé, soit exprimé comme adverbe ou groupe prépositionnel circonstant, à la différence des verbes de trajectoire, pour lesquels il est exprimé comme actant. À partir d’une étude sur corpus de roumain ancien (constitué de textes originaux et de textes traduits d’autres langues, en l’occurrence du slavon et du hongrois), pour évaluer ces deux hypothèses, nous avons cherché à vérifier de quelle manière et avec quel matériel lexical et syntaxique sont utilisés les verbes de manière à l’époque concernée. Les résultats de cette seconde étude sont limités par la quantité et la qualité des données ; s’ils ne permettent pas d’apporter une réponse claire à la question des contextes d’emprunt des verbes de mouvement, ils permettent cependant d’affiner les hypothèses, et de réfléchir aux moyens d’obtenir une réponse plus satisfaisante.

Vendredi 15 octobre 2021
Claudine Chamoreau(CNRS SeDyL)
Ergativité scindée en pesh (chibcha)

Traditionnellement, le pesh (Chibcha, ISO 639-3: [pay]), a été décrit comme une langue avec un alignement morphologique nominatif-accusatif, montrant l'utilisation possible de deux marqueurs de cas sur les arguments. A partir d’une étude basée sur un corpus de 40 heures de récits dans les deux variétés de la langue, j’ai démontré que, morphologiquement, le pesh montre un modèle qui présente une ergativité scindée organisée en deux niveaux. Le premier niveau du système révèle une tension entre les deux systèmes de marquage de la langue : le marquage sur le noyau (c'est-à-dire l'indexation obligatoire des arguments sur le verbe) qui présente un alignement nominatif-accusatif et le marquage sur le dépendant (c'est-à-dire le marquage des cas) qui suit trois systèmes d'alignement différents. Leur distribution constitue le second niveau du système. Dans toutes les variétés du pesh, les propositions interrogatives partielles suivent un modèle ergatif-absolutif et les propositions relatives un alignement nominatif-accusatif. Dans ces deux types de propositions le marquage des cas est obligatoire. Au contraire, dans les propositions indépendantes et subordonnées, l’utilisation des cas sur les arguments est optionnelle et est motivée par la structure de l’information. Dans la variété parlée à Carbón, le pesh présente un alignement ergatif-absolutif pour le marquage des arguments des syntagmes nominaux et dans la variété de Culmi, le pesh a un alignement tripartite qui se présente comme une évolution de l’alignement ergatif-absolutif attesté dans la variété de Carbón. Ainsi, au second niveau, les trois stratégies d’alignement, ergatif-absolutif, tripartite et nominatif-accusatif sont représentées selon le type de proposition et la variété parlée. Je montrerai aussi que, syntaxiquement, le pesh met en place un alignement nominatif-accusatif.

Vendredi 7 mai 2021
Samuel CHAKMAKJIAN(INALCO, M2 SDL SeDyL)
Tout est relatif : variation et choix des relatives en arménien occidental

L'arménien moderne est connu pour la richesse de ses stratégies de subordination. Cette étude présentera des données et des analyses nouvelles sur une concurrence entre deux stratégies de relativisation dans l'une des deux variantes principales de la langue, l'arménien occidental. Les deux modèles de relativisation principale en arménien occidental sont (1) les relatives finies post-nominales et (2) les relatives non-finies pronominales (Donabédian, 2018). Les relatives finies ont pour tête un pronom relatif, issu d’un élément QU-, ou le plus souvent, le subordonnant invariant vor. Les propositions relatives finies sont construites avec l'un des trois participes, qui précède toujours le nom, dans la position attendue pour l’adjectif dans le SN. L'arménien occidental, en tant que langue polycentrique (Cowe, 1991) et diasporique, se trouve dans une situation sociolinguistique assez particulière, ses locuteurs vivant dans des pays et même des continents divers, et ce depuis plusieurs générations. Il est donc particulièrement nécessaire de prendre en compte les profils sociolinguistiques lors de l’examen des tendances syntaxiques, et donc la distribution des deux relatives en question. Les études récentes montrent que parmi d'autres facteurs, des phénomènes de contact de langue jouent un rôle influençant dans le choix de relative (Hodgson, 2019), mais les données présentées ne tiennent pas compte du cas de l'arménien occidental. Afin de combler cette lacune, j'ai mené deux expériences sur plus de vingt locuteurs de l'arménien occidental de six pays. Cette présentation fera la synthèse des connaissances acquises lors de recherches antérieures, ainsi que celles tirées de trois types de données accumulés lors de mes expériences : élicitations ciblées, parole spontanée, et jugements d'acceptabilité.

Snejana Gadjeva (INALCO, CREE)
Alexandru Mardale, Sophie Vassilaki (INALCO, CREE)
Le subjonctif dans les phrases indépendantes : approche comparative (bulgare, grec moderne, roumain

Les emplois convergents du subjonctif introduit par des particules dédiées (alb. të, bulg. da, grec na, roum. să) dans les langues balkaniques ont été décrits principalement dans les propositions subordonnées (Sandfeld 1930, Assenova 2002, Giannakidou 2009, Roussou 2021). En revanche, ces formes modales n’ont pas été suffisamment examinées lorsqu’elles sont employées dans des propositions dites indépendantes (Frâncu 2010), ces dernières ayant été majoritairement traitées comme des variantes elliptiques des constructions subordonnées (Avram 2015). Notre étude comparative se donne comme objectif d’explorer cette question, en accordant une attention particulière aux propositions interrogatives, statistiquement les plus fréquentes (Zafiu 2011) et dont le statut et les propriétés méritent d’être davantage creusés. L’hypothèse défendue est que ces formes non dépendantes sont sémantiquement sous-spécifiées et qu’elles donnent lieu à un riche éventail d’interprétations pragmatico-discursives (permission, suggestion, doute, hésitation, hypothèse…) conditionnées par plusieurs paramètres (dialogue ou pas, type de question : totale, partielle ou rhétorique, interro-exclamative, etc.). Au-delà de ces convergences bien identifiées sur les trois langues, on relève certaines convergences plus partielles qui concernent notamment le bulgare et le GMS et qui sont déterminées par l’existence d’un système aspectuel qui n’existe pas en roumain. L’existence des convergences fortes mais variables, selon les domaines, nous font revenir sur l’impact du contact linguistique à la structuration de l’aire balkanique. L’exploration des données plus affinées, par le croisement systématique de la morphologie et des valeurs sémantico-pragmatiques, nous permettra de fournir une description plus précise des faits pertinents à la problématique de la convergence aréale. Projet en cours.

Vendredi 9 avril
Laurène BARBIER (INALCO, M2 SDL SeDyL)
L’influence du russe sur les subordonnées circonstancielles en haut-negidal
Les langues toungouses comme le haut-negidal sont aujourd’hui toutes moribondes. Pour articuler des relations de subordination, elles ont normalement recours à des formes verbales non-finies comme des converbes ou des participes associés à un marquage casuel (Pakendorf & Aralova, 2020 : 300). Pourtant, plusieurs études ont mis en lumière une influence manifeste du russe suite à un contact prolongé, ayant pu conduire à une évolution des pratiques langagières des locuteurs. Similairement à ce qui a été mis en avant dans certaines variétés d’évenki, langue sœur du haut-negidal, parlées à Tura et Iyengra, en Sibérie centrale (Grenoble, 2000 & 2009), des exemples de propositions subordonnées circonstancielles en haut-negidal influencées par le russe ont été identifiés, à partir d’une selection de textes construite grâce à un corpus de haut-negidal rassemblé par B. Pakendorf et N. Aralova via le logiciel FieldWorks Language Explorer (FLEx) (Pakendorf & Aralova, 2017). Cependant, ces résultats préliminaires montrent également que peu d’énoncés de la sélection présentent des signes du contact avec le russe au niveau de la stratégie de subordination par comparaison avec le nombre total d’énoncés ayant recours aux formes habituellement utilisées en haut-negidal. L’influence du russe est pourtant attestée à d’autres niveaux de l’énoncé. J’analyserai dans quelle mesure les propositions subordonnées circonstancielles sont influencées par le russe en haut-negidal et comparerai ces premiers résultats avec ceux disponibles dans d’autres langues toungouses. J’évoquerai quelques éléments qui pourraient expliquer les différences entre ce qui a été décrit en évenki et ce qui a été trouvé en haut-negidal, en m’interrogeant notamment sur la nature du contact qui s’est établi avec le russe.

Dané UN (INALCO, Master2 LLCER, Parcours Asie-Pacifique)
Etude du mot neak អ្នក dans son emploi de pronom personnel
Le présent travail porte sur le mot khmer moderne neak អ្នក. L’étude se présente comme une première étape : description des emplois de ce pronom personnel et de la relation entre individus qu’il construit. Ce mot a été choisi parce qu’il présente des particularités intéressantes. D’une part, neak est employé comme un terme lexical – neak peut être pronom ou nom qui précède d’autres mots pour former un nom ; d’autre part, neak est employé comme un terme grammatical qui a la fonction de classificateur. Dans la société khmère, l’âge, l’espace, le temps et le rapport social du locuteur et de l’interlocuteur conduisent les gens à employer des termes différents pour s’adresser à l’interlocuteur. En raison de la diversité et de la complexité des termes d’adresse en khmer, nous nous concentrerons dans un premier temps sur l’étude les valeurs du mot neak en tant que pronom personnel. Dans le dictionnaire Cambodgien-Français de Rondineau (2007 : 762), neak a été défini comme « pronom utilisé pour l’interlocuteur, la personne à qui l’on parle, dans les cas où les deux interlocuteurs, gens ordinaires, veulent montrer leur respect, de la politesse, aussi bien pour les hommes que pour les femmes ». Cette définition n’est pas tout à fait complète. Elle ne nous dit rien en effet sur le type de respect entre locuteur et interlocuteur mis en jeu par neak. D’après les données qui proviennent de sources écrites et orales tel que le recueil des contes cambodgiens, les réseaux sociaux et les entretiens oraux, on observe que neak est employé non seulement pour s’adresser aux hommes mais aussi aux femmes. Neak est également employé comme le moyen pour s’adresser aux lecteurs/ écouteurs en générale. Neak peut être utilisé comme un terme appellatif pour toutes les personnes de tous niveaux sociaux. Cela veut dire que neak est utilisé pour s’adresser aux individus important dans la société jusqu’aux gens ordinaires. La réflexion est centrée sur le rapport social d’un locuteur et d’un interlocuteur, les propriétés propres du locuteur et de l’interlocuteur, les représentations que les locuteur et interlocuteur se font d’eux-mêmes.

Emile FAURE (D2, Sorbonne Nouvelle – ED 622 CeRMI)
Pronoms personnels et espace multilingue : le cas des dialectes estlandssvenska
Selon Darbhe Narayana Shankara Bhat (2004), la fonction première des pronoms personnels est d’indiquer les rôles de locuteur et d’interlocuteur dans un acte de langage. Puisque les participants à un discours alternent constamment ces deux rôles, les pronoms personnels doivent se dissocier de toute information sur leur référent pour maintenir efficacement leur fonction première. Cette absence d’éléments d’identification différencie les pronoms personnels des proformes qui associent les participants à des référent. Bhat suggère une distinction typologique entre les langues à deux pronoms (première et deuxième personnes) et les langues à trois pronoms (première, deuxième et troisième personnes). L’estlandssvenska désigne les dialectes suédois parlés jusqu’à la Seconde Guerre mondiale sur les îles et les côtes du nord-ouest de l’Estonie. Se situant à la périphérie du continuum dialectal scandinave, l’estlandssvenska a été en contact pendant plusieurs siècles avec l’estonien, une langue finno-ougrienne. Le suédois standard est une langue à deux pronoms tandis que l’estonien en possède trois. La propagation des innovations dans le continuum scandinave d’une part et la proximité multiséculaire de l’estonien d’autre part ont-elles eu des répercussions sur le système pronominal des dialectes estlandssvenska ? Après un bref aperçu de l’estlandssvenska et de l’espace multilingue que constitue l’Estonie, notre communication présentera les résultats de nos recherches à partir d’un corpus de textes dialectaux estlandssvenska. Dans une problématique de contact de langues, nous examinerons entre autres le cas du dialecte de Korkis. Ce dernier possède la particularité d’afficher un syncrétisme casuel du pronom personnel de première personne du singulier ja qui englobe les fonctions du sujet et de l’objet.

Vendredi 12 mars
Sophie Rose-Herrier (INALCO- SeDyL)
La prosodie des marqueurs discursifs et son impact sur leur sens : le cas de vidimo en russe contemporain.
Les marqueurs discursifs (à présent MD) forment une classe d'unités dans la langue, au même titre que les autres parties du discours (verbes, noms, etc). Cela signifie donc qu'ils ont une sémantique, une syntaxe et même des propriétés sur le plan prosodique, cela a été notamment montré dans le numéro de Langages 207 (2017) qui leur a été consacré. Ils introduisent une partie de l'énoncé, un mot ou un énoncé entier que l'on appelle leur portée. Leur impact sur cette portée varie en fonction du type de marqueur, mais leur point commun est qu'ils présentent son contenu comme une possibilité parmi d'autres, sélectionnée par l'énonciateur parmi d'autres alternatives. Ainsi, la portée, au lieu d'être une information objective, devient un élément subjectif.

(1) Zdorov'e portitsja. Vidimo,[načinaetsja bolezn' Parkinsona.] Kniga trjasëtsja v eë rukah.
"Sa santé se dégrade. Apparemment, elle est atteinte de la maladie de Parkinson. Entre ses mains, les livres tremblent." (L. Ulickaja, Sonečka, traduction de S. Bénech, 1998)

La portée entre crochets est une hypothèse qui émane de l'énonciateur et qui a été choisie dans un paradigme de possibilités (les différentes maladies correspondant à ces symptômes) avec la présence d'une justification à droite.
Dans le cadre de ma thèse qui porte sur une série de MD épistémiques formés sur la racine "voir" du russe contemporain, je me suis penchée sur les propriétés prosodiques des MD qui s'avèrent être déterminantes pour étudier leur impact sur l'énoncé qui les contient. Il faut savoir que l'importance de la prosodie dans l'étude des MD est défendue par de nombreux linguistes, dont Kobozeva et Zaharov (2004) pour le russe qui ont montré des résultats surtout sur des particules (a "mais", vot "voici" etc.) mais aussi des MD comme vvobče "en général".
Je vais montrer dans cette présentation que l'on peut distinguer deux cas : le détachement ou non-détachement du marqueur par rapport à sa portée, comme l'avaient proposé Bonnot et Kodzasov (2001) pour dejstvitel'no "effectivement". Il s'agit donc de développer ce concept grâce à des matériaux étudiés avec le logiciel Praat, ainsi que de montrer qu'il ne se limite pas au russe.


Séance du vendredi, 13 novembre 2020, à 14h30
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Hélène Gérardin (INaLCO - SeDyL)
Vers une classification typologique des verbes géorgiens
Cette intervention vise à présenter les résultats d'une recherche de plusieurs années consistant à établir une classification typologique exhaustive des verbes géorgiens. Le géorgien, langue caucasique du Sud, est caractérisé par un système verbal particulièrement complexe, dans lequel le marquage et l'indexation des actants sont conditionnés par un grand nombre de paramètres : personne, nombre, temps/aspect/mode, valence, voix, classe de verbes, etc. La classification des verbes la plus communément admise jusqu'à présent repose sur la grammaire traditionnelle. Or, cette approche, trop calquée sur les langues indo-européennes anciennes, brouille en de nombreux endroits les données, engendrant des problèmes d'interprétation pour certains non encore résolus. La classification que nous proposons dans cette intervention s'appuie sur des critères exclusivement typologiques. Nous montrerons que si l'on s'en tient à une définition rigoureuse des critères de classification et à une séparation stricte des niveaux morphosyntaxique et sémantique, on aboutit à un système d'une étonnante cohérence. La classification ainsi obtenue se compose d'une trentaine de classes de verbes, au sein desquelles l'unité morphosyntaxique se double d'une unité sémantique. Cet exposé, établi à partir de données de première main, entend d'une part proposer une nouvelle analyse du verbe géorgien et d'autre part fournir, par les données géorgiennes, une illustration pertinente aux concepts linguistiques ayant trait au verbe (valence, voix, transitivité, etc.).

Séance du vendredi, 11 décembre 2020, à 14h30
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Alexandru Nicolae (Romanian Academy’s Institute of Linguistics, University of Bucharest)
Diachronic Variation and Change in the Word Order of Romanian
The goal of this talk is to provide an exhaustive description and analysis of the major word order changes affecting the clausal and the nominal domains in the passage from Old to Modern Romanian, couched within an up-to-date theoretical framework. After introducing periodization of the Romanian language and the methodology, we set out to discuss the major points in diachronic word order variation. In order to genuinely depict and describe diachronic variation, the Old Romanian data are set in contrast with the Modern Romanian ones. The talk is explicitly comparative: (Old) Romanian is contrasted with older stages of its sister Romance languages, but also with the languages spoken in the Balkan Sprachbund, all with the explicit goal of identifying the particular features of Romanian.

Séance du vendredi, 12 février 2021, à 14h30
Participer à la réunion Zoom
Outi Duvallon (Inalco – Sedyl)
La particule enclitique finnoise -kin : quel lien entre indéfinition et focalisation ?
                                                                                                                     Résumé

Séance du vendredi, 12 mars 2021, à 14h30
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Natalia Cáceres Arandia (Postdoctorante CNRS | Laboratoire SeDyL)
Système de classes lexicales : une classe dédiée à la co-prédication dans la famille caribe
Le caractère exceptionnel du système des classes lexicales existant dans la famille des langues caribes tient au potentiel fonctionnel et sémantique d’une des catégories du système. Le système des classes lexicales prototypique d’une langue caribe consiste en quatre catégories principales : verbes, noms, adverbes et postpositions. La catégorie des adverbes comprend la plupart des concepts exprimant des propriétés (typologiquement associés à une classe d’adjectifs) et la manière, le temps et l’espace (typologiquement associés à une classe d’adverbes).
Les adverbes des langues caribes fonctionnent sans dérivation supplémentaire en tant que modificateurs du verbe et dans la prédication stative (avec copule). En revanche, dans la modification adnominale (fonction épithète), les membres de cette catégorie lexicale doivent toujours être dérivés avec des suffixes nominalisateurs, indépendamment de leur sémantique.
Cette situation contraste avec celle des autres langues n’ayant pas de classe dédiée à la modification adnominale dans lesquelles les concepts de propriété appartiennent typiquement à la classe des verbes ou à celle des noms. Parallèlement, l’existence de ce système vient contredire deux des théories les plus citées en typologie de classes lexicales (Croft 2001, Hengeveld 1982) qui prédisent qu’un système distinguant au moins trois classes lexicales fera de la troisième classe la classe dédiée à la modification adnominale.
Une étude comparative antérieure suggérait que la source du système de classes lexicales caribes était liée à la source intransitive de la construction avec copule. La présente étude, basée sur un corpus oral de première main et sur des données comparatives, démontre que la source du système est sans doute à chercher du côté de la co-prédication.



Année 2019-2020

Séance du vendredi 18 octobre 2019
Kirill Ganzha (INALCO)
Difficultés spécifiques des francophones dans la production de l'accent lexical russe     
                                                                                                                     Résumé
&
Isabelle Bril (Lacito-CNRS)
Lexical restrictions on grammatical relations and voice consturctions in Amis      
                                                                                                                     Résumé

Séance du vendredi 15 novembre 2019
Dorian Pastor (Etudiant à l’EPHE) L’emploi du subjonctif persan et de l’optatif turc dans l’expression du prospectif
Le subjonctif en persan et l’optatif en turc peuvent-ils dénoter le prospectif ? C’est l’hypothèse de départ de cette étude qui vise analyser l’emploi du mode du souhait du turc et du persan et sa possible expression du prospectif, une catégorie linguistique définie par Comrie (1976) comme un fait attendu, une action ultérieure au moment où elle est exprimée (en français, être sur le point de).
Korn & Nevskaya (2017) produisent un ouvrage destiné à la description du prospectif dans des langues géolocalisées en Eurasie et dans lequel y est également décrit le prospectif en turc et en persan. Or, dans le cas de ces langues, le subjonctif n’y est pas mentionné.
Notre étude se base sur la variante parlée du persan (Téhéran) et du turc avec un corpus entièrement constitué d’extraits issus de conversations orales et écrites (message sur internet, sms, etc.) dans un registre informel.
&
Anaïd Donabédian, Outi Duvallon  (SeDyL UMR8202, Inalco – CNRS) Nom nu, agglutination et individuation, le cas de l’arménien et du finnois
Cette séance se déroulera sous la forme d’un échange sur la base de leurs travaux sur cette question. Après une présentation générale de la notion de nom nu, cette dernière sera située dans le système des deux langues abordées ici, qui partagent certains traits typologiques :
- au plan morphologique, l’agglutination qui n’est absolue ni en finnois (où le statut du nominatif est, de ce fait, problématique) ni en arménien,
- pour ce qui est de l’expression de la détermination, l’arménien a un article, mais pas le finnois,
- pour ce qui est de la valeur de la forme nue vis-à-vis de l’opposition de nombre, ce qui implique des similarités et des différences dans la façon de mobiliser ces marques pour exprimer l’individuation, et soulève du même coup la question plus générale de la notion de pluralité et de sa construction linguistique.
Références :
Duvallon, Outi (2019), « Pluralité indéfinie et individuation de la référence: les quantifieurs finnois moni et monta ‘plusieurs’», in Bonnot, Duvallon, de Penanros, Individuation et référence nominale à travers les langues, Lambert-Lucas, 2019, p. 79-104
Donabedian, A. « Nom nu et tropisme typologique : le cas de l’arménien »,  in Floricic F. (ed.), Essais de typologie et de linguistique générale, mélanges offerts à Denis Creissels, Lyon, ENS Editions, 2010, 403-416
Donabedian, A., « Неоформленный субъект в западноармянском языке — к вопросу о неаккузативности », 1/2010, 24-45 (élaboration d’un travail paru en français : « Sujets nus en arménien ; inaccusativité ou énonciation?», in Le sujet, une catégorie en question, Cahiers de Linguistique de l’Inalco, 6/2006-2007, 129-153)
Donabédian, A., « Le pluriel en arménien moderne », in Faits de Langues, 2/1993, 179-188.)

Séance du vendredi 28 février 2020
Christine Bonnot (INALCO)
Variations de l'ordre linéaire et construction de la temporalité dans les textes narratifs en russe contemporain    Résumé
&
Arayik Hayriyan (INALCO)
Construire une base empirique pour étudier le marquage différentiel de l'objet en arménien moderne     Résumé

 

Année 2018-2019

Séance du vendredi 19 octobre 2018
Katherine Hodgson (INALCO) & Adam Ledgeway (Université de Cambridge)

Séance du vendredi 9 novembre 2018
Colloque International : Microvariation dans le marquage différentiel de l'objet roman                                                                                                                                             
Programme

Séance du vendredi 14 décembre 2018
Julie Haslé (INaLCO)
Étude des marqueurs des constructions analytiques du réfléchi et du réciproque en arabe du Caire
Nous proposons d'étudier les marqueurs des constructions analytiques du réfléchi et du réciproque en arabe du Caire. Il s'agit de nafs pour le réfléchi, et baˁḍ pour le réciproque.
Nous avons observé que les rôles syntaxiques ne sont pas modifiés par les constructions analytiques. Les deux marqueurs ont en commun de construire a posteriori la réorganisation des rôles sémantiques. Une approche notionnelle associée à la reconnaissance du rôle de la structure actancielle dans l'étude des marqueurs diathétiques a également permis d'identifier des structures qui empruntent à ces modèles.
Dans les deux cas, il s'agit de marqueurs re-caractérisés pour leur fonction diathétiques, et non de marqueurs propres à cet emploi. Par la comparaison des caractéristiques fonctionnelles et notionnelles de ces mots lorsqu'ils occupent d'autres fonctions syntaxiques, il est possible d'appréhender les critères de leur sélection en marqueurs de diathèse.
L'identification d'un ensemble de traits notionnels associés à ces mots a enfin montré des valeurs associées aux constructions analytiques du réfléchi et du réciproque, et d'éclairer ainsi les motifs de l'emploi de deux marqueurs distincts.
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Tom Durand (SeDyL UMR 8202 CNRS INaLCO IRD)
La transitivité scindée en wayuu: Facteurs lexicaux et grammaticaux
La langue wayuu (famille arawak) a reçu l'attention de nombreux typologues en raison de la structure actancielle variable de ses constructions intransitives comme transitives. Pour ces dernières, il existe deux modèles qui se distinguent par l'encodage de l'agent du verbe transitif. D'après plusieurs auteurs (Álvarez (2002), Sabogal (2018)), cette scission au sein des verbes intransitifs dépend de la définitude et d'autres facteurs pragmatiques. L'objectif de cette présentation est de démontrer que cette scission est également influencée par des facteurs lexicaux et grammaticaux. Plus précisément, j'affirme que les verbes de perception (sensorielle comme mentale), la modalité ainsi que des morphèmes liés à la non-finitude imposent tel ou tel marquage actanciel. Pour ce faire, je m'appuierai sur des données de première et seconde main (élicitées et semi-directifs), et ce, au travers d'une étude historique et comparative au sein de la branche caribéenne de la famille arawak

Séance du vendredi 8 février 2019
Sopheap Nou
, INaLCO
Krup et roal : la détermination et la quantification de la langue khmère contemporaine
    En khmer, un syntagme nominal (SN) est formé de deux termes : un nom (N) support (déterminé) et un terme considéré comme apport (déterminant). En général, le N déterminé précède un ou plusieurs déterminant(s). Les déterminants peuvent être un N, un qualificatif, un numéral, un classificateur ou un quantifieur, un démonstratif ou un possessif. Dans le cadre de cette étude, krup et roal, font partie des rares déterminants qui précèdent le N. Ces deux mots occupent la même position dans un SN.
      De manière générale, les dictionnaires cambodgiens et les ouvrages de grammaire du khmer ne font pas de distinction entre les valeurs sémantiques de krup et celles de roal. Ils considèrent ces deux mots comme quasi-synonymes : krup est traduit par « tous, tout, totalité, complet, suffisant, chaque » et roal par « chaque, tous, tout ». Or la théorie des opérations énonciatives nous apprend que les mots qui semblent pouvoir être employés de la même manière ont en fait des emplois spécifiques dont la grammaire traditionnelle ne rend pas vraiment compte.
    Il est intéressant de remarquer que krup et roal renvoient tous les deux à la notion de « pluralisation ». Ils ne précèdent que les N qui renvoient à plusieurs occurrences qui constituent un ensemble. Mais quels sont alors les caractéristiques qui distinguent krup de roal ?
    Pour répondre à cette question, il est nécessaire de décrire tous les emplois de krup et de roal. Ce travail se déroulera en deux temps : d’une part, une caractérisation « interne » de la sémantique de krup et de roal, et d’autre part, une caractérisation « externe » qui explicite les propriétés des séquences dans lesquelles peuvent apparaître ces deux mots.
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Fida Bizri, INaLCO - SeDyL
La langue comme outil pédagogique émancipateur
Cette présentation fait le point sur une expérience pédagogique que j'ai menée à l’INALCO auprès d’un groupe d’étudiant.e.s dits en difficulté que j'étais chargée d’initier à des bases de linguistique leur permettant de mieux s'insérer dans leur cursus Langues’O. Comment parler de COD à des jeunes qui ont en tête des questions autrement plus douloureuses que l'ordre des mots ? Qui a inventé ce sigle de COD et pourquoi l'incapacité à décoder son mystère devrait être si stigmatisante ? Par où commencer? L'idée est venue d'eux. Après un temps où je me suis retenue de leur imposer un enseignement 'de trop', de peur d'étouffer leurs interrogations qui peinent à se formuler, des questions timides quoique rebelles commencent à se faire entendre : "Comment naissent les langues et qui les invente d’ailleurs?" Le "d’ailleurs" en disait long sur leur désarroi, et c'est ainsi que je les ai accompagné.e.s dans l’invention d’une langue de A à Z, et guidé.e.s pour  accoucher de questions linguistiques pertinentes, plutôt que de les noyer sous des réponses à des questions qu'ils ne se sont jamais posées, par manque de docilité et non de créativité. Ils ont appelé leur langue FENISY THRAPUNJ, terme auquel ils ont donné le sens de "langue (THRAPUNJ) des Derniers Qui Seront les Premiers (les FENISY)". Eux qui, en quelques séances, ont inventé une langue qu’ils sont déjà capables de parler, pourquoi peinent-ils tant à apprendre la langue’O dans laquelle ils sont inscrits ? N’est-ce pas là une question qui devrait être soumise au système plutôt qu’aux étudiants en échec ?

Séance du vendredi 15 mars 2019
Álvaro Diez Alejandre (Université Paris Sorbonne Nouvelle)
Les relatives en popoluca de Texistepec
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Lamphoune Soundara (Inalco/SeDyL)
Quelques aspects syntaxiques du kmhmouʔ  
                                                                                                        Résumés
 
Séance du vendredi 12 avril 2019
Jean-Baptiste Lamontre, M2 INaLCO
La morphologie verbale du kulung : reconstruction interne et comparaison
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Iliyana Krapova, University Ca' Foscari, Venise
Factives and the left peripheery of the Balkan clause
                                                                                                         Résumés